18 février 2002 - OLIVIER CROS
IL Y A QUINZE JOURS, lors du match Asnières-Ajaccio, Hubert Henno et Sébastien Frangolacci, ex-Asniérois, aujourd'hui Parisiens et internationaux, sont venus voir leur club de formation en simples spectateurs, et ils n'ont sans doute pas reconnu leur ancienne équipe. Depuis le début du Championnat, Asnières se morfond dans le bas du tableau. À six journées de la fin de la première phase, l'équipe francilienne est même sérieusement menacée par la relégation. Elle affronte, ce soir, son concurrent direct au maintien, Martigues, avant d'accueillir dans quelques semaines Toulouse, bon dernier au classement.
Ces deux matches, il ne faudra pas les manquer si on veut espérer s'en sortir : un an auparavant, Asnières n'aurait pas eu à craindre grand-chose de tels adversaires mais, après deux rencontres ratées contre Dunkerque (2-3) et contre Ajaccio (1-3), eux aussi concernés par le maintien, le club francilien est plus fébrile que jamais. « Nous devrions être tous inquiets dans un tel contexte, constate André Patin, l'entraîneur local. Moi, je le suis un peu ; les joueurs le sont sans doute aussi, même si cela se voit moins. Mais c'est une inquiétude qui est nécessaire, qui doit nous réveiller, nous permettre de nous en sortir. En tout cas, s'il y a une rencontre à gagner cette année, c'est bien celle contre Martigues ! »
Les temps ont donc bien changé à Asnières : en 1998, le club accédait en Pro A, après être parti de Nationale 3 seulement trois ans auparavant. André Patin emmenait alors une génération prometteuse de joueurs, pour la plupart formés au club (Mathias Patin, Henno, Frangolacci...) ; des joueurs plus aguerris les ont encadrés (Tsvetkov), d'autres jeunes les ont ensuite rejoints (Barca-Cysique).
Tous ont depuis porté le maillot de l'équipe de France. Mais, aujourd'hui, à l'exception de Mathias Patin, tous sont également partis, en général vers des clubs plus riches et au challenge sportif plus élevé. Et, pour Asnières, la transition a été à chaque fois plus difficile à réaliser. « C'est évidemment frustrant mais c'est aussi la règle de jeu, reconnaît André Patin. Mais, moi, ce qui me plaît est d'entraîner des joueurs et de les voir progresser. Forcément, quand ils sont arrivés à maturité, ils ont envie de voir ailleurs, mais je prends cela avec philosophie. » Cela peut être un mal pour un bien quelquefois : « Les changements opérés cette année se sont quand même révélés positifs, analyse Mathias Patin. La saison dernière, la motivation et l'ambiance avaient un peu baissé au sein du groupe ; des jeunes sont arrivés avec beaucoup de choses à prouver. » Reste que l'équipe d'Asnières est très inexpérimentée.
Pendant qu'Asnières se débat dans les profondeurs du classement, à quelques kilomètres de là Paris règne sur la scène nationale du volley, avec des moyens considérables et des anciens joueurs asniérois dans son effectif. « C'est un autre monde, tout simplement, confie André Patin, mais je sais ce que c'est. J'ai eu l'occasion de travailler avec le Paris-SG il y a quelques années, lorsqu'il y a eu une fusion avec Asnières : là-bas, il y avait une vraie structure professionnelle, mais je ne pense pas avoir été un meilleur entraîneur avec le PSG qu'avec Asnières. »
André Patin a aujourd'hui d'autres préoccupations : il sait que le rendez-vous de ce soir face à Martigues est aussi le rendez-vous avec l'angoisse.
OLIVIER CROS