Patin, ombre et lumières ...
Longtemps méconnu et ignoré, le passeur de l'équipe de France est la grande révélation de l'année.
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Un premier sentiment pourrait ramener vers un sentiment d'infériorité. A l'époque où, tout jeune volleyeur, on évoquait sa taille - 1m80 - comme un obstacle majeur à une carrière au plus haut niveau. "ça ma gênait vraiment puisqu'on m'expliquait qu'un passeur aussi petit n'avait pas d'avenir". Mathias Patin n'ira donc pas au centre national de volley-ball à Montpellier. mais le complexe n'affaiblira jamais ses convictions sur une passion qu'à fait naître chez lui son père André. "Tout môme, je partais avec lui dans tous les gymnases où il jouait. Il a mené toute sa carrière à Asnières et été international entre 1974 et 1976. Finalement je n'ai rien fait d'autre que de suivre sa trace". Première licence à 11 ans dans le club où papa devient entraîneur. Dix sept ans déjà inévitablement marqué par de grands souvenirs. "Trois années où l'on est resté invaincus de la N3 jusqu'à la pro A, la rencontre avec Frangolacci et Henno formés comme moi à Asnières et que je retrouve en équipe de France". Dix sept ans d'une vie aménagée entre l'exigence du plus haut niveau national et d'un avenir à assurer. |
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Professeur d'éducation physique, Mathias avoue encore être né sous une bonne étoile. "Mon métier est ma deuxième passion. J'exerce au collège Guy Moquet à Gennevilliers dans une zone difficile. mais je ne me plains pas. Les gosses savent qu'ils peuvent se valoriser au travers du sport. Ils viennent même me voir jouer le week-end". Dix sept ans d'une vie finalement bien calée qui n'a pas révélée chez lui l'ambition d'aller voir plus loin. "Parce que je n'ai jamais eu la moindre proposition. pare que aussi la philosophie du club, basée sur la formation répond à l'idée que je me fais du sport". Dix sept ans encore à vivre dans l'ombre d'un père et assurer l'héritage du nom. "On a essayé d'effacer la relation père-fils pour créer un rapport de joueur à entraîneur. On s'est parfois engueulés, mais je suis le seul à pouvoir lui dire certaines choses. je ne m'en prive pas. tant que cela va dans le sens de l'équipe". |
Sportif modèle à l'évidence, toujours conscient de son bonheur mais, quelque part aussi, résigné sur la perspective d'un avenir plus riche. "Je n'ai jamais été par exemple appelé en sélection de jeunes". Même s'il est apparu quelques semaines seulement dans l'ombre de Chambertin et de De Kergret au milieu des années 90, rien ne laissait envisager un destin plus glorieux. jusqu'à la fin du mois d'avril lorsque Philippe Blain, l'entraîneur national, le couche sur sa liste pour la préparation de la ligue mondiale. "ça m'a fait tout drôle évidemment mais j'ai vite compris que les coaches insistaient sur la notion de groupe. selon eux, il n'y avait pas de place acquise. Cela s'est confirmé puisque l'effectif a beaucoup tourné". Et Mathias Patin en est devenu un élément clé. "C'est vrai, j'avais le trac. Je rêvais vraiment. D'être là déjà c'était une grande victoire. mais j'ai forcé le trac. Je me suis dit qu'une chance pareille ne se laissait pas passer. Vivre l'aventure à fond, sans se poser de questions". parce qu'il est enfin sorti d'Asnières, de sa banlieue, de ses habitudes aussi, l'homme avoue s'être épanoui. "J'avais probablement besoin de voir autre chose, d'approcher une autre méthode de travail, un autre discours également. C'est forcément enrichissant même si je ne renierai pas mes racines". |
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Mathias Patin ne parle pas plus fort que son coeur. Il;pense, on s'en doute, à ce bonheur de participer aux Championnats du Monde douze ans après la première participation d'une équipe de France. Il par l'accomplissement, pas d'aboutissement. Il voit enfin plus haut. "Etre là, c'est énorme, c'est un truc que je ne revivrai probablement pas. Et puis il y a encore la perspective des jeux d'Athènes".
Sans bruit, Mathias s'est installé dans un fauteuil de titulaire. Et depuis le début du championnat du monde, il est le passeur exemplaire d'une équipe qui a retrouvé la confiance et qui regarde désormais plus loin. "On réussit parce que l'on a su développer la notion de groupe, la décliner au maximum. J'ai vraiment du plaisir à jouer avec les autres. C'est mon rôle et je l'apprécie".
Ce succès tardif n'a pourtant pas changé son regard sur l'avenir. Son parcours lui a appris la sagesse et à relativiser. "Pour la première fois, cette année on a évoqué mon départ avec mon père. Une idée comme ça. peut-être parce que j'ai envie de jouer le titre. Maintenant, on a longtemps cru que je ne bougerais pas d'Asnières, c'est le principal obstacle à un éventuel départ".
Ce virage, de toutes façons, ne sera pas décisif. Plus sûrement se dirige-t-il vers un autre objectif : assurer, cette fois l'héritage d'André en devenant un jour son successeur et l'entraîneur du club banlieusard. "Le volley, c'est ma vie et je ne peux donc pas m'empêcher d'y songer".
Au nom du père ...